I - Choix de vie... et retour aux sources.

par Pascale MD





Natifs de Paris, puis, installés en Seine et Marne dans ce qui était à notre arrivée un petit village entouré de champs cultivés et de forêt. Au fil des ans, les immeubles se sont mis à pousser, les zones commerciales à s'installer... Ainsi l'avons nous vu, en quelques années, se transformer en "Ville nouvelle" couverte de béton et de goudron. Le RER s'est installé et en 1992, non loin de là, est arrivé Disneyland Paris. Au fil du temps, nous avons ressenti un certain malaise à l'idée que nos enfants grandissent dans un tel environnement de plus en plus étouffant.


En 1992/1993.


Enclins depuis un moment à quitter cet d'environnement pour nous installer dans le Parc National des Cévennes dont nous étions tombés amoureux (avec trois jeunes enfants mais remplis d'audace), nous avons alors décidé d'un changement radical pour partir vivre au plus proche de la nature. Nous restait à trouver la maison et le travail. En cette année 1992, nous avons déniché une vieille demeure à Aulas, dans un charmant petit village à proximité de Le Vigan, demeure qui ferait office de maison de vacances en attendant de trouver le travail nous permettant de nous y installer. 


L'histoire du village en Bref : Aulas est un village qui a connu ses heures de gloires. Dotée de franchises et du titre de "ville" dès 1275, Aulas frappe par les traces de son ancienne prospérité : poterne, vieux pont, châteaux (privés) ou vestiges de châteaux, temple et église, fenêtres à meneaux et belle filature. Cette opulence, la bourgade la devait à ses manufactures drapières et à de grandes familles favorables aux Lumières. Du Moyen Âge au milieu du XVIIème siècle, Aulas a transformé la laine des brebis des Causses en drap pour habiller les troupes royales. Puis à partir de 1750, le coton et la soie détrônent la laine. Aujourd’hui l’ancienne filature a été restaurée dans le respect de son architecture et de son environnement.

 Quelques mois plus tard en 1993, un ami de la famille, vivant en Cévennes et venu nous voir pendant sa période de fermeture annuelle et nous a proposé de reprendre son établissement (Hôtel-Restaurant) et se trouvant à trois kilomètres d'Aulas, souhaitant quant à lui prendre sa retraite. Malgré beaucoup de questionnements n'étant ni l'un ni l'autre de la profession, c'est une opportunité que nous avons tout de même décidé de saisir, ne voulant surtout pas vivre avec le regret de ne pas avoir osé.

 

Premier et second niveau en façade de l'établissement comprenant habitation privée et salle de restaurant - Photo 2018 lors d'une session URBEX



C'était un endroit exceptionnel ou nous nous rendions déjà assez régulièrement pour de petits séjours. Il est situé dans un petit hameau, perché sur une montagne des Cévennes Méridionales au pied du Mont-Aigoual, dominant la vallée et où ne vivent que quelques habitants permanents.

Son histoire : Au tout début des années 70 après avoir revendu une grande demeure dans l'Yonne, cet ami et notre oncle (qui travaillaient alors ensemble à Paris pour deux journaux connus à cette époque) ont sillonné les Cévennes durant leurs congés. Avec son pécule, il a acquis une belle partie de montagne sur laquelle se trouvaient plusieurs hameaux abandonnés, la plupart en ruines, pour une somme assez modique. Un seul Mas se trouvait toujours habitée par un vieux Cévenol solitaire.

Avec un de ses frères et un ami, ils ont commencé par retaper l'un de ces Mas pour y vivre, puis ils ont acheté quelques chèvres, ont fait une chèvrerie et ont appris à fabriquer le fameux "Pélardon" (Le Pélardon est un des plus anciens fromages de chèvre d'Europe. On retrouve sa trace depuis la nuit des temps comme en témoignent les récits des poètes et conteurs. Il est fabriqué depuis des siècles en Languedoc, et plus particulièrement chez nous dans les montagnes cévenoles).

Un peu plus tard, il a fait un petit restaurant d'été et de plein air d'une grande simplicité. Cela marchait plutôt bien, il a donc agrandi le restaurant et l'a couvert pour y travailler plus longtemps que les deux seuls mois d'été.

 D'années en années, il a retapé l'ensemble des demeures d'un des hameaux et les reliant les une aux autres. Ainsi, il en a fait une structure bâtie sur six niveaux à flanc de montagne. Petit à petit, tout ce travail s'est concrétisé par un restaurant gastronomique de 60 couverts avec vue panoramique sur la vallée, ainsi qu'un hôtel classé "Châteaux et Hotels de charme" (16 chambres, une piscine, une salle de billard et divers salons de détente avec vue sur la vallée et coin cheminée, le tout en préservant l'ambiance des demeures Cévenoles au coeur de la nature). 


 

Le Mas (grille d'entrée de l'établissement) - Photo 2018 lors d'une session URBEX



Au fil du temps le reste de sa famille (vivant alors dans le Doubs et travaillant dans l'horlogerie en Suisse) est venue le rejoindre. À leur tour, ils se sont attelés à la réhabilitation des autres Mas dispersés sur la montagne, pour leurs habitations puis pour en faire des gîtes. Certains d'entre eux ont également créé un Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC)... Un grand changement de vie pour chacun d'eux.


Dans ces années, beaucoup de jeunes citadins (hippies) en pleine rébellion et en recherche de liberté ont décidé d'aller vivre dans les montagnes du sud de la France pour y bâtir un autre mode de vie. Ils ne soupçonnaient pas les épreuves compliquées auxquelles ils allaient être confrontés pour mener à bien leur existence rêvée. Il leur en a fallu du courage pour tenir bon et mener leur projet à bien ! Certains ont réussi leur pari ! ("1968 : Exodes utopiques" en fin de page).


 

Le Mas vu côté entrée du restaurant - Photo 2018 lors d'une session URBEX

   

 Nous avons pour notre part investi le Mas en tout début 1994. Comme ils était constitué d'une partie privative de 180 m², notre oncle qui avait lui aussi quitté Paris quelques années plus tôt pour ouvrir une Pizzeria à Le Vigan, a revendu sa demeure et sa Pizzeria pour s'installer dans "la maison de vacances" à Aulas, plus tranquille qu'en ville (même si Le Vigan est une petite ville) et ouvrir un restaurant dans le Village.

Ce changement de vie fût une grande aventure que nous avons menée à bien durant 7 ans (avec l'aide d'une dizaine d'employés bien évidemment mais aussi de ma petite soeur arrivée en même temps que nous et qui est restée deux années. Après quatre ans, notre oncle a revendu son restaurant et nous a rejoint dans notre aventure. 

Nos enfants ont gardé de merveilleux souvenirs de leur enfance au coeur de la nature Cévenole. Quant à nous, nous n'avons jamais regretté d'avoir fait ce choix même si après 7 années nous avons pris la décision d'en partir. Avoir un tel établissement et gérer de front une vie de famille, les enfants qui grandissent, les études... c'était très compliqué.

Nous avons gardé aussi des souvenirs d'Épisodes Cévenols impressionnants, d'orages assez terrifiants que nous n'avons vu nulle part ailleurs, tout comme des chutes de neige d'1.2m en moins de 24 heures nous privant d'électricité durant 3 jours ;-) 

 

Le Mas, vu côté entrée de l'Hôtel - Photo 2018 lors d'une session URBEX



Après notre départ, l'établissement a été racheté, revendu, racheté encore... Il a finalement été abandonné pendant plusieurs années par le dernier propriétaire et est retombé quasiment en ruines (quelle tristesse !). L'ensemble de la bâtisse à finalement été vendue aux enchères pour 150.000 € en 09/2023 (une misère mais vu son état !!!) pour ce qui semble maintenant être prévu comme future activité immobilière. Ce nouvel acquéreur mènera t'il a bien son projet ? Il y a un travail de titan à réaliser mais pourquoi pas. Tout cela était déjà parti de ruines à la base... 

 

La vue du Mas - Photo 2018 lors d'une session URBEX




Fin 2000



Bien que loin d'être simple malgré tout, avons donc pris la décision de quitter ce magnifique environnement et de nous rapprocher des facilités de la ville (pour les études, possibilités culturelles et relationnelles des enfants entre autres). Ne voulant cependant pas nous éloigner de la région et de sa qualité de vie, nous avons opté pour Montpellier (ou nous sommes arrivés en février 2001), proche de la mer, de la Camargue, mais surtout nous maintenant à proximité des Cévennes dont nous n'avions pas fait notre deuil.

A cette période, Montpellier était encore une petite ville de province de 60.000 habitants. En 2020, elle en comptait déjà 299.096 et elle ne cesse de s'étendre. Les champs et vignes autour de Montpellier ont été remplacés par des immeubles, les maisons individuelles autour du centre historique ont été rachetées par des promoteurs pour y bâtir également de petits immeubles de quatre étages. Nous avons vu "naître" quatre lignes de Tramway, 84 stations et 56 km de rails desservant 7 communes de la métropole. C'est devenu le moyen de transport idéal pour se déplacer. Que dire de toutes les zones d'activités qui se sont construites autour des centres commerciaux...

Montpellier est petit à petit devenu un vaste chantier permanent.

 

Montpellier - Centre historique - Photo UGA et HDR



 

Montpellier - Centre historique, Place de la Comédie - Photo UGA et HDR

 

 

Montpellier - Antigone - Photo UGA et HDR



En 2018...


Les enfants ayant quitté le nid, nous avons commencé à ressentir le besoin de quitter cet environnement urbain et l'envie de retourner au plus proche de la nature nous titillait sévèrement. Nous rêvions de nouveau d'un endroit éloigné de la fourmilière humaine, de sa circulation et de son bruit constant.

Après quelques hésitations sur notre lieu de destination (Haute Pyrénées, Pays Basque en Pyrénées-Atlantiques ou les Cévennes dont nous avions gardé la nostalgie), nous avons finalement fait le choix d'un retour en Cévennes. 

Nous voulions cependant éviter une trop grande proximité avec le Mont-Aigoual, pour bénéficier un climat moins "agité" en automne. Cette fois, c'est en "Hautes Cévennes", à l'extrême Nord du Gard et Sud Lozère (toutefois un peu à l'écart du Mont Lozère même si les épisodes Cévenols y sont moins fréquents et surtout moins violents qu'ils ne le sont en proximité du Mont-Aigoual), que nous avons choisi de prospecter dès le second semestre de 2019. 
Nous avons finalement déniché notre petit coin de paradis le 1er septembre 2020.


 




Novembre 2020 : Le Refuge



Un peu plus de deux mois plus tard, la chance (et le second confinement qui a finalement aidé à accélérer les choses), nous avons reçu nos clés et nous nous sommes posés de nouveau dans un tout petit hameau de quelques âmes, loin du monde, du bruit, de la pollution (sous toutes ses formes)... Un petit coin d'éden lui aussi perché sur une montagne, à 7 km de la petite commune à laquelle nous sommes rattachés, à 30 minutes d'Alès, une heure de Nîmes et 1h45 de Montpellier.

 

Vue plongeante sur le hameau, après une pluie sur Les Monts Lozère (à 1km à vol d'oiseau)



Ce petit coin d'Eden est situé en hautes Cévennes (Cévennes schisteuses) à la frontière des départements Gard-Lozère, et proche de l'Ardèche. 

Dans le Parc National des Cévennereconnu Réserve de biosphère par l'Unesco depuis 1985 ; Dans la partie Causses et Cévennes inscrits conjointement au Patrimoine mondial par l'UNESCO ; Et également dans la Réserve internationale de ciel étoilé.


 

La petite route qui mène au hameau...



La zone urbanisée sur l'ensemble de la commune représente 7,2 % de l'ensemble de son territoire forestier.

Avec 73 % de la surface totale, la forêt prédomine et avoisine 258 000 ha (2.580 km²) en Cévennes, alors que 7 % des terres seulement sont vouées à l'agriculture.

Les landes, d'une surface non négligeable de plus de 47 000 ha (470 km²), sont surtout situées sur les crêtes et le massif du Mont Lozère.


 

Carte du Parc National des Cévennes - Localisation du Refuge : étoile rouge



 C'est ici, à 500m d'altitude, que nous avons déniché un Mas Cévenol comprenant une clède, entourés d'un terrain arboré à flanc de montagne, lové au coeur d'une forêt mixte et de fruitiers. 

Partiellement détruit pendant les guerres de religions, le Mas a été rebâti en 1836, un des "jeunots" du hameau (la clède, non détruite, est bien plus ancienne). Une extension ainsi qu'un garage lui ont été ajoutés en 2015, travaux qui ont été suivis d'une rénovation totale avec aménagement de l'ancien grenier.

En sous-sol, une ancienne écurie et bergerie ainsi que deux autres soubassements sont à l'origine de la bâtisse. L'un d'eux est doté d'une grande cuve qui servait autrefois à la fabrication de la Carthagène (boisson alcoolisée, de type mistelle, consommée à l'apéritif et typique du Languedoc). Les serrures de leurs vieilles portes en bois ont gardé la marque des huguenots et sont toujours montées à l'envers.  

 




Une fois bien installés, nous nous sommes attelés à reclôturer le terrain, l'avons nettoyé et y avons beaucoup travaillé car à notre arrivée, il était totalement massacré par les Sangliers qui y pénétraient chaque nuit. C'était un véritable champ de bataille et pour nous un travail de titan quotidien durant deux mois. Nous y avons ensuite ajouté des arbres, arbustes et buissons fleuris.


Nous nous sommes aussi timidement lancés dans un petit coin potager. Au fil des années et de nos expériences acquises dans ce domaine, il s'agrandit avec davantage de variétés de légumes et de fruits. Nous n'y utilisons aucun produit chimique (nous avons la chance de n'avoir ni Escargot, ni Limace dévoreuse). Pour son arrosage, nous disposons de deux citernes de récupération d'eau de pluie de 1000L chacune que l'ensemble des toitures remplissent à chaque pluie.


Ici, nous laissons un peu la nature pousser à sa guise, offrant ainsi aux oiseaux, aux insectes et autres petits animaux sauvages, le paradis refuge qu'ils méritent. 


 



Dans l'ancienne écurie je me suis installé un coin atelier afin de me laisser aller à mes différentes passions créatives. 

Atelier créatif : ICI
Atelier Modelage (travail sur terre ou cire ) : ICI
Atelier Sculpture (Travail sur bois, pierre, siporex, métal et grillage) : ICI 


Ces albums ont été malmenés avec la migration (photos souvent trop grandes et manquant de netteté)







Dans les milieu ruraux, c'en est fini de tous ces gens à la mine morose qui semblent toujours faire la gueule, qui sont excités au volant de leur voiture et ne savent même plus dire "bonjour" quand ils rentrent dans un commerce.

A peine le camion de déménagement garé devant la maison que les habitants du hameau venaient nous accueillir et se présenter avec une grande cordialité. L'ambiance d'indifférence généralisée des milieux urbains est totalement absente. Les liens sociaux et l'entraide se créent avec une grande facilité... et toujours dans la bonne humeur.
Nous avions déjà ressenti cette "manière d'être" lors de nos premières années en Cévennes. 


 

Le Hameau vu de la route remontant des barrages de Sainte-Cécile d'Andorge et du lac des Camboux.



En quittant le monde urbanisé, nous nous sommes engagés dans un tout autre mode de vie. On ne gère plus les nécessités au quotidien mais sur la quinzaine et on se rend compte très vite qu'il y a des tas des facilités offertes par la ville dont on peut bien se passer sans en souffrir le moins du monde.

Sommes-nous toujours en vacances ou jamais ? Nous en décidons au jour le jour.

Quelques soient les choses auxquelles nous nous consacrons, il n'y a plus ni samedi ni dimanche, ni jour férié, nous faisons ce qui nous fait plaisir, nous passionne, nous tient à coeur.

C'est une grande qualité de vie et nous nous sentons très privilégiés de vivre dans un endroit où tout se prête à la contemplation, à l'observation, à la rêverie... et surtout à la sérénité.

Pour autant, ce mode de vie ne peut pas convenir à tout le monde, et c'est très bien ainsi. Cet éloignement et la nature omniprésente donnent souvent des angoisses aux amoureux de la ville ;-)


 

Un des deux barrages de Sainte-Cécile d'Andorge et des Camboux



 



 



Été 1968 : Exodes utopiques



Extrait du livre : Le retour à la nature « Au fond de la forêt... l'État »
Par Danièle Hervieu-Léger et Bertrand Hervieu




L’arrivée en nombre d’étudiants et de jeunes dans ces régions du Sud, paradis des marcheurs à pied et des campeurs « sauvages », que sont les Cévennes, l’Ariège ou les Hautes-Alpes, pouvait encore être mise sur le compte habituel des périodes de vacances. Mais, parmi ces migrants de l’été, certains avaient déjà un objectif précis : trouver une ruine isolée, peut-être (le rêve !) un hameau abandonné, où il serait possible de s’installer en groupe, pour y vivre — dès maintenant — « autrement ». Le mouvement n’est encore qu’amorcé : au cours des trois années suivantes, il prend l’ampleur d’une espèce d’exode utopique, impossible à chiffrer avec précision, et qui culmine au cours des étés 1971 à 1973. C’est par centaines alors que des candidats à l’installation à la campagne, duvet et guitare au dos, mettent à profit les mois de vacances pour explorer les vallées de montagne les plus reculées dans l’espoir d’y trouver un toit. Ils furent 500, par exemple, pour les seules Cévennes gardoises en été 1970, selon un pasteur qui se fit l’observateur attentif du phénomène ; mais il soulignait lui-même : « je ne peux pas l’affirmer absolument... ». Ils se renseignent chez les commerçants, dans les mairies, dans les mas : « Ces étés-là, j’en ai vu des dizaines, quelquefois plusieurs par jour, et tous ceux qui arrivaient sur la commune ne venaient pas forcément me voir... Tous cherchaient une ruine pas chère, rien ne les décourageait... », rappelle le maire d’une commune de la Vallée française, dans les Cévennes lozériennes…


2020 & 2021


D’abord empêchées par la crise sanitaire, les migrations au départ de l’Île-de-France vers le reste du pays ont sensiblement augmenté à la suite des premiers confinements, fin 2020 et en 2021. L'île-de-France a perdu plus de 27.000 ménages en un an au profit des régions Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et PACA. Les villes petites et moyennes ainsi que les espaces peu denses ont connu un regain d’attractivité. Mais, en 2022, les déménagements de Franciliens vers d’autres régions se sont progressivement érodés et ont (heureusement) fortement baissé en 2023. 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :