Ces satanés mangeurs de Poissons...
C'est un sujet qui fait souvent débat au bord de l'eau. Entre le pêcheur qui attend que "ça morde" et l'oiseau qui à l'audace de se servir directement dans le buffet, la cohabitation est parfois très électrique.
Voici les principaux "coupables" que les pêcheurs, qu'ils soient amateurs ou pisciculteurs, n'apprécient pas du tout de voir roder.
Le Grand Cormoran, L'ennemi public n°1.
C’est sans doute celui qui cristallise le plus de tensions car c'est un prédateur redoutable et un plongeur hors pair. Contrairement à d'autres, il ne se contente pas de petits poissons, il peut s'attaquer à de belles pièces.
Le Cormoran est un bouc émissaire commode qui masque les vrais problèmes : pollution, barrages bloquant les migrations et réchauffement des eaux. L'oiseau ne fait que suivre la nourriture. Si les rivières étaient en meilleure santé avec plus de cachettes naturelles, les poissons seraient moins vulnérables.
Le Héron Cendré, Aigrette garzette, Grande aigrette, Bihoreau gris, Héron pourpré... : Des braconniers immobile.
Eux sont les rois de la patience. Posté sur leurs longues pattes, ils attendent le moment parfait. Ils sont extrêmement efficace dans les zones peu profondes et les frayères (là où les poissons se reproduisent). Pour les propriétaires de petits étangs ou de bassins d'ornement, ce sont de vraies terreurs. Un Héron peut vider un bassin de ses carpes koï en quelques passages.
Le Martin-Pêcheur : Le petit voleur (souvent pardonné).
Il est magnifique, mais il reste un concurrent direct. Il se nourrit exclusivement de petits poissons (vairons, alevins). Il est souvent mieux toléré que le cormoran, car sa taille limite ses prélèvements et sa beauté en fait une rencontre plaisante pour beaucoup de pêcheurs amoureux de la nature. Cependant, en pisciculture (élevages d'alevins), il est vu d'un très mauvais œil.
Le Grand Harle ou Harle bièvre : Le plongeur discret.
Cet oiseau piscivore est de plus en plus présent sur certaines rivières de première catégorie (eaux vives). Comme le Cormoran, il plonge pour chasser. Il cible particulièrement les truites et les ombres communs. Dans les rivières de montagne où les populations de poissons sont fragiles, son appétit est perçu comme une menace pour l'équilibre de la rivière.
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En réalité, l'homme a souvent tendance à voir la nature comme une ressource à gérer ou un espace de loisir, alors que pour ces oiseaux, la rivière, l'étang ou... la mer est tout simplement leur garde-manger vital. En effet, même les oiseaux marins ne sont pas appréciés (En photo, quelques exemples d'oiseaux marins). Si en eau douce le conflit est souvent local (un étang, une portion de rivière), en mer, on touche à une compétition ancestrale pour la ressource halieutique. Les pêcheurs en mer et les oiseaux partagent le même horizon, mais pas toujours la même sérénité.
Pourtant l'oiseau de mer passe 90% de sa vie en plein océan, ne revenant à terre que pour nicher. L'humain, lui, n'est qu'un visiteur de passage avec un bateau.
Les oiseaux de mer rejettent une quantité colossale de nutriments (le guano) dans l'eau, ce qui fertilise l'océan et favorise la croissance du plancton... qui nourrit les poissons que nous pêchons (et... que rejettent les pêcheurs qui puisse être bon pour le milieu marin ? (excepté une quantité effrayante de poissons morts ne répondant pas à leur commerce ????).
Eh oui, sans oiseaux, il y aurait paradoxalement moins de poissons !!
Voici donc quelques points qui remettent les choses en perspective en faveur de nos amis à plumes :
Des régulateurs naturels
Plutôt que d'être des "nuisibles", ces oiseaux jouent un rôle écologique crucial que nous oublions souvent : Le Héron ou le Cormoran capturent souvent les poissons les plus faibles, les plus lents ou les malades. Ils participent ainsi à l'assainissement des populations piscicoles. En l'absence de prédateurs, certaines espèces de poissons pourraient pulluler, entraînant un appauvrissement de la biodiversité aquatique par manque de nourriture ou d'oxygène.
La survie contre le loisir
C'est là que le contraste est le plus fort : Le pêcheur pratique souvent une activité de détente, de passion ou de sport. S'il ne prend rien, il rentre bredouille, mais il dîne quand même le soir. L'oiseau, lui, ne "s'amuse" pas. Chaque plongeon raté est une dépense d'énergie qui met sa survie en jeu, surtout en hiver ou en période de nourrissage des petits.
L'impact de l'homme sur leur habitat
Si les oiseaux se concentrent parfois massivement sur certains étangs ou rivières (créant des tensions avec les pêcheurs), c'est souvent parce que : L'assèchement des marais et l'urbanisation réduisent leur habitat naturel, les forçant à se rabattre sur les plans d'eau gérés par l'homme. En créant des étangs surpeuplés de poissons pour la pêche, l'homme crée un "buffet à volonté" irrésistible. On ne peut pas vraiment reprocher à un oiseau de choisir la facilité là où la nourriture abonde.
L'essentiel : Le conflit vient souvent du fait que nous avons transformé des écosystèmes sauvages en zones de production ou de loisir. Redonner leur place aux oiseaux, c'est accepter que le poisson fait partie d'une chaîne alimentaire dont nous ne sommes qu'un maillon (et pas forcément le plus prioritaire).
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Si l'on se place d'un point de vue purement anthropocentrique (l'humain au centre), nous nous sentons prioritaires parce que nous gérons, nous payons des permis et nous aménageons le territoire, bref, nous sommes les maîtres absolus !
Cependant, si l'on prend un peu de hauteur (dommage que nous n'ayons pas d'ailes pour ça), plusieurs arguments expliquent pourquoi, dans l'ordre naturel des choses, l'oiseau passe avant le pêcheur :
On en revient à l'argument biologique implacable : Pour ces oiseaux, la pêche n’est pas une option, c’est une condition de vie. Si l'oiseau ne pêche pas, il meurt. Dans n'importe quelle éthique environnementale, le besoin vital (manger pour vivre) prime sur le besoin de loisir ou de sport.
Mais en dehors de cet aspect qui semble indiscutable... ces oiseaux mangeurs de poissons ont un rôle essentiel dans la nature :
Le rôle de "Gardien" de l'écosystème
L'oiseau est un maillon essentiel de la chaîne alimentaire. Il est là depuis des millions d'années, bien avant que nous n'inventions la ligne et l'hameçon. En prélevant les poissons, les oiseaux forcent les populations piscicoles à rester vigoureuses. La disparition des oiseaux pêcheurs est souvent le premier signe d'une rivière polluée ou mourante. Ils sont les "thermomètres" de la santé de l'eau. Nous avons besoin d'eux pour savoir si notre environnement est encore viable.
La coévolution
Le poisson et l'oiseau ont évolué ensemble. Le poisson a développé des stratégies de camouflage et de fuite à cause de la prédation des oiseaux. Si l'on retire l'oiseau de l'équation, le comportement du poisson change. Certaines espèces deviennent invasives au détriment d'autres. L'équilibre global s'effondre. L'humain, lui, intervient souvent de manière artificielle (réintroduction de poissons d'élevage), ce qui perturbe parfois cet équilibre millénaire.
Une question de droit "naturel"
On peut considérer que celui qui habite un lieu de manière permanente et qui en dépend totalement possède un "droit d'usage" prioritaire. L'oiseau ne peut pas aller faire ses courses ailleurs. Le pêcheur, lui, a accès à d'autres sources de nourriture et d'autres divertissements.
En résumé : Nous ne sommes pas prioritaires car nous sommes des invités dans cet écosystème, alors que l'oiseau en est un moteur.
Le conflit naît du fait que l'humain a transformé la nature en "propriété privée" ou en "zone d'exploitation".
Admettre que l'oiseau est prioritaire, c'est accepter que la nature a une valeur en elle-même, indépendamment de l'utilité ou du plaisir qu'elle nous procure.
Finalement, est-ce qu'une partie de pêche réussie, ce ne serait pas justement de partager la berge avec un Héron, en se disant que si l'oiseau est là, c'est que la rivière est bien vivante ?