Le roi des courants Cévenols.

par PascaleMD  -  1 Novembre 2026, 19:00  -  #Accipitriformes

Vautour fauve - Gyps fulvus - Griffon Vulture

Ordre : Accipitriformes
Famille : Accipitridés
Genre : Gyps
Espèce : fulvu

Longévité :  âge moyen 17 ans,  âge maximum 41,4 ans


Dans la région du Parc national des Cévennes et des Grands Causses voisins (Lozère et Aveyron), le retour des Vautours est l'une des plus belles réussites de réintroduction en Europe.

Alors qu'ils avaient totalement disparu au milieu du XXe siècle, la région compte aujourd'hui plus de 850 couples reproducteurs, toutes espèces confondues.

Les Cévennes se distinguent par la présence simultanée de quatre espèces de vautours.

 



Vautour fauve, le nettoyeur en chef : 820 couples reproducteurs. Il s'agit de l'espèce la plus commune, réintroduite avec succès depuis 1981.
Il se nourrit des viscères et les muscles (viande rouge). Il ouvre la carcasse et consomme les parties tendres en grand groupe.

Vautour moine, le découpeur : 30 couples reproducteurs.  Il niche au sommet des arbres. Atteint un niveau record historique en 2025.
Il se nourrit des parties dures (peau, cartilages, tendons, morceaux de viande coriaces). Grâce à son bec ultra-puissant, il s'attaque aux morceaux que les autres ne peuvent pas broyer.

Vautour percnoptère, le glaneur : 
2 couples c'est le plus petit d'entre eux, migrateur, présent uniquement à la belle saison.
Il se nourrit des petits débris, des excréments, d'insectes et de petits cadavres. Il intervient en fin de curée pour ramasser les miettes ou chasse de petites proies (lézards, œufs).

Gypaète barbu, le casseur d'os : En cours de réintroduction. C'est le "casseur d'os". Plusieurs couples territoriaux se fixent progressivement.
Il avale les os entiers ou les laisse tomber de haut sur les rochers pour les briser et consommer la moelle

 Excepté le Percnoptère qui peut capturer de petites proies vivantes, ces oiseaux sont des nécrophages stricts. Ils ne chassent pas le bétail vivant et jouent un rôle écologique indispensable d'équarrissage naturel.

 

 


Pour observer facilement les Vautours en Cévennes, il faut se rendre à la frontière du Parc national et de la région des Grands Causses. Le cœur de la population niche et plane au-dessus de trois grands canyons calcaires.

- Gorges de la Jonte (Le spot n°1 mondial) : on peut y observer les 4 espèces. 

-  Gorges du Tarn (Entre Le Rozier et Sainte-Enimie) : on peut y observer les Vautours fauves et moines.

- Gorges de la Dourbie (Plus au sud, vers Millau) : On y observe les Vautours fauves. 

 



Avec près de 2,80 mètres d'envergure, le Vautour fauve est l'un des plus grands rapaces d'Europe.

Le Vautour fauve est un oiseau lourd (entre 6 et 11 kg). Pour s’élever dans les airs, le vol battu lui demanderait une énergie colossale qu'il ne pourrait pas tenir bien longtemps.
Son secret ? Le vol à voile sans effort.

Véritable planeur biologique, il utilise les ascendances thermiques (les bulles d’air chaud qui s'élèvent du sol) et les courants dynamiques créés par le vent qui bute contre les parois rocheuses.

En observant attentivement son plumage en vol, on remarque ses "rémiges" (les grandes plumes au bout de l'aile) écartées comme des doigts pour réduire les turbulences et maximiser la portance.

Dans la matinée, dès que le soleil a suffisamment réchauffé la roche, les Vautours quittent les falaises et s'élèvent par dizaines, sans un bruit, pour inspecter leur territoire.
 

 


Malgré sa stature impressionnante et son bec puissant, le Vautour fauve est un être profondément pacifique. C'est un nécrophage strict, il ne chasse pas, ne capture aucune proie vivante et est morphologiquement incapable de le faire car ses serres sont émoussées, presque plates, adaptées à la marche au sol et non à la préhension (un peu comme de grosses pattes de Poules).

Les plates-formes ou placettes d’équarrissage naturel sont au cœur de la formidable alliance entre les éleveurs de brebis et les Vautours en Cévennes. Ce système repose sur une organisation unique et rigoureusement réglementée.

Fonctionnement : un service gagnant-gagnant. Lorsqu'un éleveur du Parc national des Cévennes ou des Grands Causses perd une brebis (maladie, accident), il ne fait pas appel aux camions d’équarrissage industriel. Il dépose la carcasse sur sa placette d'équarrissage individuelle.

Son rôle écologique dans l'écosystème cévenol est capital. En éliminant rapidement (moins de 24 heures) les cadavres de grands mammifères domestiques ou sauvages, il agit comme un équarrisseur naturel. Cette disparition rapide des carcasses évite la prolifération de bactéries pathogènes et la contamination des cours d'eau en contrebas. C'est le maillon final, indispensable, du cycle de la vie en montagne.

 



La recherche de nourriture des Vautours fauves est un travail d'équipe invisible. Espacés de plusieurs kilomètres dans le ciel, les Vautours s'observent mutuellement. Dès qu'un individu repère une carcasse au sol et entame une descente en spirale bien spécifique, ses voisins captent immédiatement le signal et convergent vers le même point.


Autour de la carcasse, la "curée" s'organise dans un concert de sifflements, de feulements et d'intimidation, collerettes de plumes hérissées. C'est là que sa morphologie prend tout son sens, son long cou dénudé, simplement couvert d'un fin duvet, lui permet de fouiller l'intérieur des carcasses sans souiller son plumage, ce qui poserait de graves problèmes d'hygiène et de vol.

En une heure, un groupe peut nettoyer entièrement une carcasse de Brebis, ne laissant que les os (qui feront plus tard le bonheur du gypaète barbu, un autre rapace de la chaîne).


 



Le Vautour fauve est un animal grégaire qui vit en colonies. Ses sites de nidification et de repos, appelés les "curas", sont installés sur de grandes falaises calcaires, à l'abri des prédateurs terrestres.

Les couples, unis pour la vie, y construisent un nid rudimentaire fait de branches et de laine.


Le cycle de reproduction est particulièrement long : l'unique œuf de l'année est pondu en plein hiver, dès le mois de janvier ou février, et couvé alternativement par les deux parents pendant deux mois. Le poussin passera ensuite près de quatre mois au nid avant de tenter son premier grand plongeon dans le vide.


 



Histoire en bref de ce qui reste aujourd'hui comme le plus grand succès mondial de réintroduction de rapaces.

La disparition (Années 1940) : À cause du tir des chasseurs, des empoisonnements et de la disparition du pastoralisme traditionnel, le vautour fauve disparaît totalement du ciel des Cévennes et des Grands Causses dans les années 1940. Les falaises des Gorges de la Jonte et du Tarn se vident.

Le pari fou (1970 - 1981) : Au début des années 1970, le Parc national des Cévennes et la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) lancent un projet inédit. Ils construisent des volières d'élevage dans les Gorges de la Jonte. Des vautours blessés ou nés en captivité sont récupérés dans toute l'Europe (notamment d'Espagne) pour former un noyau de reproduction.

Le premier lâcher historique (1981) :  Le 21 décembre 1981, les premières cages s'ouvrent : 5 vautours fauves retrouvent la liberté dans les Cévennes. Entre 1981 et 1986, une soixantaine d'oiseaux sont ainsi relâchés. Dès 1982, le premier poussin naît en milieu naturel. L'espèce est sauvée.

L'effet domino (Depuis 1990) : Face à la réussite du Vautour fauve, les biologistes décident de réintroduire les autres maillons de la chaîne :
1992 : Début de la réintroduction du Vautour moine.
2012 : Lancement du programme pour le Gypaète barbu.
Le Vautour percnoptère, quant à lui, est revenu de lui-même (recolonisation naturelle), attiré par la présence des autres espèces.

Aujourd'hui, la colonie cévenole est totalement autonome et s'étend désormais vers le Massif central et les Alpes.



 

 

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