L'animal vu par l'Homme...
Pour compléter l'article "Quid de l'intelligence et des émotions des animaux"
ICI
J'ai eu envie, en lisant le commentaire de Manou, de vous faire un petit récapitulatif sur la manière dont les Hommes ont envisagé les Animaux dans l'histoire.
Des positions souvent diamétralement opposées au fil des siècles.
L'affaire était loin d'être gagnée, et elle ne l'est d'ailleurs toujours pas vraiment.
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Quelques pathétiques exemples qui ont toujours cours dans notre pays :
- En France, les combats de coqs sont en principe interdits par l'article 521-1 du code pénal, en raison de leur caractère cruel et de la souffrance infligée aux animaux. Cependant, une dérogation subsiste dans certains départements, principalement dans le Nord, le Pas-de-Calais et certaines zones d'outre-mer, au titre d'une "tradition locale ininterrompue". Cette exception permet à ces pratiques de se perpétuer, malgré leur interdiction dans le reste du territoire.
- Les combats de chiens constituent, en France, un délit puni par l’Article 521-1 alinéa 1 du nouveau code pénal. Ce n’a pas toujours été le cas. Dans l’antiquité des combats de chiens étaient organisés en Angleterre surtout mais existaient en France, en particulier au XVIIIème siècle. A Paris des combats étaient organisés de manière régulière. […]
Il existe pourtant des organisations de combats illégaux et les races de chiens dits de combats sont très facilement volés pour les envoyer à la mort !!!!
- En France, la corrida avec mise à mort est TOUJOURS autorisée dans les territoires où "une tradition locale ininterrompue peut être invoquée". Des combats se déroulent dans le sud, notamment à Bayonne, Mont-de-Marsan, Nîmes, Arles ou encore Béziers.
- Sur son site internet, la Fédération nationale de chasse détaille une liste de 91 espèces chassables (ce nombre est largement supérieur aux autres pays d'Europe) incluant le plus d'espèces menacées. Pour les seuls oiseaux, quand certains pays européens en chassent quatre ou cinq espèces, nous en chassons 64, dont une vingtaine d’espèces en danger d’extinction (courlis cendré, tourterelle des bois, barge à queue noire, fuligule milouin, grand tétras…).
L'animal vu par l'Homme...
dans l'histoire.
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Pendant des siècles, la philosophie occidentale a été dominée par une vision anthropocentrée, plaçant l'humain au sommet de la création grâce à sa raison, et reléguant l'animal au rang d'être purement instinctif, voire mécanique.
De grandes figures historiques ont soutenu que les animaux ne possédaient pas d'intelligence (ou de "raison") comparable à celle de l'homme.
René Descartes (1596 - 1650) est sans doute le représentant le plus célèbre de cette vision. Dans son Discours de la méthode, Descartes formule la théorie de l'animal-machine. Selon lui, l'animal est dépourvu d'âme et de conscience. Il ne serait qu'un automate complexe, une horloge biologique dont les cris ne sont que des grincements de rouages. Il soutient également que l'absence de parole articulée (capacité à combiner des signes pour exprimer des pensées abstraites) est une preuve de l'absence de pensée.
Aristote (384 - 322 av. J.-C.) - Le manque de "Logos" : Bien qu'il reconnaisse aux animaux des perceptions et une mémoire, Aristote établit une hiérarchie stricte des âmes. Les animaux possèdent une âme sensitive qui leur permet de ressentir le plaisir et la douleur. Cependant, seul l'homme possède la raison et la capacité de délibérer (l'âme intellective "Logos"). Pour Aristote, l'animal vit uniquement dans le présent et par instinct, sans capacité de réflexion morale ou politique.
Les philosophes Stoïciens (Antiquité) comme Épictète ou Sénèque allaient encore plus loin qu'Aristote. Pour eux, il existe une rupture nette entre l'homme et l'animal. Ils considéraient que l'univers est régi par la Raison (Logos). Comme l'animal n'en est pas doté, il est "hors" de la communauté morale. Par conséquent, ils considèrent que l'homme n'a aucun devoir de justice envers l'animal.
Nicolas Malebranche (1638 - 1715), disciple de Descartes dans le radicalisme cartésien, a poussé la logique de l'animal-machine à son extrême, souvent de manière choquante pour notre époque. Pour lui, si l'animal n'a pas d'âme, il ne peut pas souffrir. On lui prête souvent cette idée que : "Ils mangent sans plaisir, ils crient sans douleur, ils croissent sans le savoir ; ils ne désirent rien, ils ne craignent rien, ils ne connaissent rien."
Emmanuel Kant (1724 - 1804) : L'absence de conscience de soi. Bien que Kant ne soit pas aussi radical que Descartes sur l'aspect "mécanique", il refuse l'intelligence au sens noble (la raison) aux animaux. Pour Kant, l'animal ne possède pas le "Je" (la conscience de soi). N'étant pas un sujet conscient, il n'est pas une "personne" mais une "chose". Il affirmait que nous, humains, n'avons pas de devoirs envers les animaux, mais seulement le devoir de ne pas être cruels envers eux pour ne pas émousser notre propre sensibilité humaine.
Le Béhaviorisme (XXe siècle) : Plus récemment, dans le domaine de la science, des chercheurs comme John Broadus Watson ou Burrhus Frederic Skinner ont, par méthode, rejeté l'idée d'intelligence ou de vie intérieure chez l'animal. Ils considéraient l'esprit animal comme une "boîte noire" qu'on ne peut pas étudier. Pour eux, tout comportement animal n'est qu'une réponse à un stimulus (réflexe conditionné), sans aucune pensée consciente derrière.
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Contrairement aux philosophes qui voyaient en l’animal une simple machine, Voltaire (1694-1778) a été l'un des plus fervents défenseurs de la sensibilité et de l'intelligence animales au XVIIIe siècle. Pour lui, nier l'âme ou la conscience des animaux n'est pas seulement une erreur scientifique, c'est une «pauvreté d'esprit» et une justification de la cruauté.
Dans son célèbre article « Bêtes » du Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire s'attaque directement à René Descartes en utilisant l'ironie pour souligner l'absurdité de considérer un être vivant comme une horloge : «Quelle pitié, quelle pauvreté, d'avoir dit que les bêtes sont des machines privées de connaissance et de sentiment !»
Son argument est physiologique : si un animal possède les mêmes organes sensoriels, les mêmes nerfs et le même système nerveux qu'un humain, il est illogique de penser que la nature a créé ces «ressorts du sentiment» pour qu'ils ne ressentent rien.
Pour démontrer que l'animal éprouve des sentiments complexes, Voltaire prend l'exemple d'un chien qui a perdu son maître : L'inquiétude - Le chien cherche partout avec des «cris douloureux» ; La reconnaissance - Il entre dans la maison, agité, et cherche de chambre en chambre ; La joie et l'attachement - Quand il retrouve son maître, il exprime sa joie par des sauts et des caresses. Voltaire conclut que ce chien possède une mémoire, des idées et une capacité d'amitié qui dépasse parfois celle des hommes.
Voltaire rejette l'idée que les animaux agissent uniquement par un instinct figé. Il observe qu'ils sont capables de progrès et argumente sur l'intelligence comme capacité d'apprentissage : L'éducation - Un chien de chasse apprend des ordres et se perfectionne ; L'imitation - Un serin (oiseau) à qui l'on apprend un air finit par le répéter, se corrigeant s'il fait une erreur ; L'adaptation - Un oiseau change la forme de son nid selon l'endroit où il le construit (mur, angle ou branche). Pour Voltaire, cela prouve que l'animal n'est pas un automate, mais un être doté d'une forme d'intelligence pratique et de mémoire.
L'avis de Voltaire sur l'intelligence animale débouche sur un engagement éthique, une position morale contre la cruauté. Il dénonce violemment la vivisection (pratiquée à l'époque par les partisans de Descartes pour prouver que l'animal ne souffrait pas) : «Des barbares saisissent ce chien [...] ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu'il ne sente pas ?»
Influencé par les idées de Pythagore et de Porphyre, Voltaire exprime souvent un dégoût pour le carnage des abattoirs. Dans son texte Du mal, il s'étonne que l'on puisse se nourrir de «cadavres» et considère que le fait de tuer des êtres sensibles est une marque de barbarie humaine, même s'il reconnaît la difficulté de changer cette habitude ancrée. Pour lui, l'animal est un « frère » de souffrance et de sensation. Il ne possède peut-être pas la capacité d'abstraction métaphysique de l'homme, mais il partage avec lui le cœur de la vie : la capacité de souffrir et d'aimer.
Jean-Jacques Rousseau, autre auteur des Lumières partageait une vision similaire à celle de Voltaire.
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Concernant l'identité du "premier" défenseur de la cause animale, tout dépend de la manière dont on définit cette défense :
Est-ce par la philosophie, par le mode de vie ou par la loi ?
Voici trois figures majeures qui peuvent chacune prétendre à ce titre selon le contexte.
Pour le mode de vie : Il s'agit de Pythagore.
Pour l'éthique moderne : Il s'agit de Jeremy Bentham.
Pour le droit et la protection : Il s'agit de Richard Martin.
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Le précurseur antique : Pythagore (VIe siècle av. J.-C.)
Il est considéré comme le père du végétarisme en Occident (on appelait d'ailleurs les végétariens des "Pythagoriciens" jusqu'au XIXe siècle).
Sa doctrine : La métempsychose (la réincarnation). Pour Pythagore, les âmes circulent entre les hommes et les animaux. Tuer un animal revient donc potentiellement à tuer un ancêtre ou un ami.
Son action : Il refusait de porter de la laine (produit animal), refusait de sacrifier des animaux aux dieux et prônait un régime strictement sans viande pour respecter la parenté entre tous les êtres vivants.
Le premier traité complet : Porphyre (IIIe siècle apr. J.-C.)
Si Pythagore a posé les bases, le philosophe néoplatonicien Porphyre a écrit le premier véritable plaidoyer structuré : De l'abstinence.
Son argument : Il affirme que les animaux ont une forme de raison (logos), des sentiments et un langage que nous ne comprenons simplement pas.
Sa modernité : Il soutient que la justice doit s'étendre à tout être capable de ressentir de la douleur. C'est l'un des textes les plus avancés de l'Antiquité sur le sujet.
Le tournant moral : Jeremy Bentham (1748 - 1832)
Si l'on parle de la cause animale au sens moderne (basée sur la souffrance et non sur la religion), c'est le philosophe anglais Jeremy Bentham qui change tout.
La question révolutionnaire : En 1789, il écrit une phrase qui reste le fondement de l'antispécisme actuel : "La question n’est pas : Peuvent-ils raisonner ? ni : Peuvent-ils parler ? mais : Peuvent-ils souffrir ?"
L'impact : Il déplace le débat de l'intelligence vers la sensibilité (le concept de sentience). Si un être souffre, nous avons le devoir moral de ne pas lui nuire, peu importe son espèce.
Le premier protecteur légal : Richard Martin (1754 - 1834)
Surnommé "Humanity Dick", ce député irlandais est celui qui a fait passer la cause animale de la théorie à la loi.
La Loi Martin (1822) : C'est la toute première loi au monde (le Cruel Treatment of Cattle Act) protégeant les animaux (les bovins et les chevaux à l'époque) contre les mauvais traitements.
Action concrète : Il est l'un des fondateurs de la SPCA (Society for the Prevention of Cruelty to Animals) en 1824, la première association de protection animale au monde. On raconte qu'il amenait parfois des animaux blessés directement au tribunal pour témoigner de la cruauté de leurs propriétaires.
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Les bases formelles de l'éthologie sont posées à partir des années 1940 par les travaux des Autrichiens Karl von Frisch et Konrad Lorenz et du Néerlandais Nikolaas Tinbergen, considérés comme les fondateurs de l'éthologie moderne et récipiendaires du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1973.
Aujourd'hui, l'éthologie cognitive (l'étude de l'intelligence animale) a largement infirmé ces théories. On sait désormais que de nombreuses espèces font preuve de planification, de conscience d'elles-mêmes (test du miroir), de culture et d'empathie.
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La France a joué un rôle pionnier dans la protection animale au XIXe siècle, passant d'une indifférence quasi totale à la mise en place d'un cadre légal et associatif.
Voici l'histoire de la création de la SPA et de la première grande loi française sur le sujet.
2 décembre 1845 : Création de la SPA par le Docteur Etienne Pariset, premier Président de la SPA.
1903 : Création du premier refuge de la SPA à Gennevilliers (92)
Le fondateur : Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas un juriste mais un médecin, le docteur Étienne Pariset.
Le déclic : Pariset était horrifié par le spectacle quotidien des chevaux de trait maltraités, battus à mort dans les rues de Paris lorsqu'ils s'effondraient de fatigue.
L'objectif initial : Sensibiliser les propriétaires de chevaux, de chiens et d'animaux de ferme à les traiter avec plus d'humanité, non pas seulement pour l'animal, mais pour éviter la "brutalisation" de la société humaine.
Si la SPA existait, elle n'avait aucun pouvoir légal pour punir les maltraitances. C'est là qu'intervient Jacques-Philippe Delmas de Grammont, un ancien général de cavalerie et député.
Il fait voter le 2 juillet 1850 la Loi Grammont, le tout premier texte législatif français protégeant les animaux. Cette loi disait : "Seront punis d'une amende de cinq à quinze francs, et pourront l'être d'un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement de mauvais traitements envers les animaux domestiques."
Cette loi a de sérieuses limites : Le débat sur le "Public". Il y a en effet une nuance historique très importante dans cette loi : le mot "publiquement". À l'époque, on ne punissait pas la souffrance de l'animal pour lui-même, mais l'offense faite à la sensibilité des passants. Un propriétaire qui battait son chien à mort à l'intérieur de sa maison ne pouvait pas être poursuivi, car cela ne troublait pas l'ordre public.
Il faudra attendre 1959 (décret Michelet) pour que la maltraitance animale soit punie, même si elle a lieu dans un cadre privé.
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Le combat commencé par Grammont et la SPA a mis plus d'un siècle à aboutir à une reconnaissance majeure.
- 1976 : L'animal est reconnu par la loi comme un "être sensible" (et non plus un simple objet) dans le Code rural.
- 2015 : Cette reconnaissance entre enfin dans le Code civil (article 515-14). Avant cela, l'animal y était encore considéré comme un "bien meuble", au même titre qu'une chaise ou un tableau.
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Ce qu'il reste aujourd'hui
Aujourd'hui, la SPA est la première association de protection animale en France qui recueille les animaux abandonnés et maltraités dans ses 58 refuges en France et dans ses 6 Maisons SPA, qui viennent renforcer sa présence territoriale.
Le combat a changé de visage : on ne se bat plus seulement contre les coups de fouet sur les chevaux de trait, mais contre l'abandon estival et pour l'amélioration des conditions d'élevage industriel.
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En 2019, l’agence Rocket Yard, dévoile une campagne inédite critiquant ouvertement le comportement des hommes envers les animaux ! Trop souvent, l’Homme se donne le droit de manipuler et d’exploiter les animaux pour des propres fins peu glorieuses. Courses de chiens, cirques, fourrures ou encore Corrida, les pratiques malsaines sont nombreuses. "Si certains parlent d’héritages culturels, nous y voyons des actes d’un autre temps… Aucun animal ne mérite d’être malmené ou tuer pour le plaisir". Afin de dénoncer toutes les activités humaines qui vont à l’encontre des Droites des animaux, une nouvelle campagne sort du lot ! En effet, l’association PETA, en charge de la défenses des animaux a présenté une série de visuels très stylisés. Ces derniers mettent en scène l’Homme, dans les mêmes situations que celles que les animaux subissent. C’est fort, tout en restant supportable. Pas d’images choc ni de vraies violences. Un parti pris qui s’inscrit dans la stratégie de Globale de PETA qui a décidé de stopper ses actions choc. L’idée est de rester dans la bienveillance et proposer une communication intelligente.
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