Quid de l'intelligence et des émotions des animaux ?
C'est un sujet sur lequel je me suis déjà exprimée avec ces différents articles ICI, ICI, ICI, ICI, ICI et ICI.
Pour autant, on fait de plus en plus de découvertes grâce à cette science récente qu'est l'éthologie (1) (la science qui étudie le comportement animal), mais aussi grâce aux nombreuses observations des naturalistes, et nous constatons que les animaux (autres que l'espèce humaine) possèdent des formes d'intelligence étonnantes et très variées tout autant que des émotions très similaires aux nôtres.
Cela nous pousse à remettre en question l'idée que l'humain se trouve tout en haut d'une échelle unique de l'intelligence et des émotions et... peut-être aussi, à avoir un peu plus d'humilité.
Il serait certainement plus judicieux de parler "d'intelligences multiples", chacune d'elles étant parfaitement adaptée au mode de vie et à
l'environnement d'une espèce.
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Définition de "Intelligence" : Ensemble des processus trouvés dans des systèmes, plus ou moins complexes, vivants ou non,
qui permettent d'apprendre, de comprendre ou de s'adapter à des situations nouvelles.
Selon Jean D'Ormesson, concernant l'intelligence humaine : "La gentillesse est la plus grande forme d'intelligence".
Partant de ce postulat, il y a donc beaucoup à redire concernant l'espèce humaine ;-(
Selon Lewis Madison Terman, "L'intelligence est la capacité de connaissance et la connaissance possédée ainsi que la capacité de penser aux choses de façon abstraite".
Le Q.I. humain (ou à présent Potentiel Intellectuel) allant de moins de 69 à plus de 130, cela laisse une sacrée latitude.
Selon Albert Einstein, "Le véritable signe de l’intelligence, ce n’est pas la connaissance, mais l’imagination. », et aussi, « L’intelligence n’est pas la capacité de stocker des informations, mais de savoir où les trouver".
Là encore, il y a matière à s'interroger...
Si l'on s'en tient à ces définitions, la suprématie de l'Homme doit être grandement relativisée.
Je ne crois pas, pour ma part, que l'Homme soit forcément au sommet de la pyramide des espèces
d'autant que comme nous l'avons vu, il y a une très grande diversité d’intelligences parmi les êtres humains.
Et puis pour peu qu'on observe le comportement humain sur l'ensemble de la planète et dans de multiples domaines,
je crois pouvoir dire sans trop me tromper qu'on peut remettre sérieusement en question notre soi-disant intelligence.
Alors, oublions l'humain pour nous attarder sur d'autres espèces ;-)
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On sait, et sans que ce ne soit contestable, que beaucoup d'animaux ont des capacités qui nous dépassent.
Quelques exemples non exhaustifs :
- Les Chimpanzés ont une mémoire spatiale bien supérieure à la nôtre (selon une étude, elle serait même deux fois plus performante que celle d'étudiants en ingénierie !).
- Les Fourmis comptent leurs pas pour s'orienter, comme un GPS intégré.
- Les Tortues marines sont capables de retrouver leur plage de naissance après des années.
- Idem pour les Oiseaux migrateurs qui retrouvent leur chemin sur parfois des milliers de km de distance après un seul trajet effectué avec leurs parents.
- L'odorat ultra-développé des Chiens, l'ouïe fine des Chats ou l'électro-réception de certains Poissons sont des capacités cognitives
d'adaptation que nous, humains, ne possédons tout simplement pas.
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En revanche, nous partageons certaines compétences avec :
- Les Chimpanzés qui utilisent des plantes pour se soigner et savent fabriquer des outils.
- Les Corvidés (entre autres) qui fabriquent aussi des outils pour leur permettre d'attraper de la nourriture.
- Les Poulpes qui ont compris le concept du couvercle du bocal et savent l'ouvrir pour aller y chercher leur nourriture.
- Les grands Singes, les Dauphins, les Corbeaux , les Chiens qui réussissent des tests complexes… démontrant ainsi qu'ils savent faire preuve d'une réelle ingéniosité.
Et les exemples ne manquent pas.
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L'entraide, ou l'altruisme biologique, est l'un des aspects les plus fascinants de l'évolution. Contrairement à l'idée reçue d'une "loi de la jungle" où seul le plus fort survit, les animaux privilégient souvent la coopération pour maximiser les chances de survie du groupe.
La coopération stratégique (Chasse et Défense) : Certains animaux ont compris que l'union fait la force pour des besoins vitaux.
- Les Orques : Elles coordonnent leurs mouvements pour créer des vagues et faire tomber un phoque d'un bloc de glace.
- Les Baleines et Dauphins qui savent se regrouper pour créer un environnement de bulles afin d'y emprisonner les Sardines.
- Les Lions et Loups : La hiérarchie et la répartition des rôles lors de la chasse permettent d'abattre des proies bien plus grandes qu'eux.
L'entraide en cas de blessure chez les Loups et les Lions est bien réelle, mais elle s'exprime différemment selon leur structure sociale.
Chez les deux espèces, le léchage des plaies est crucial (la salive contient des enzymes qui limitent les infections, et ce geste renforce le lien émotionnel entre les membres, réduisant le stress de l'animal blessé).
Chez ces deux grands prédateurs, la survie de l'individu est souvent liée à la survie du groupe, ce qui favorise des comportements de soutien (partage de nourriture, soins de convalescence, patience et attente du plus faible).
Cependant, si la nourriture manque cruellement (famine), l'instinct de survie prend le dessus et les individus les plus faibles peuvent être
délaissés au profit des plus forts et des petits.
- Les Buffles, Bisons : Face à un prédateur, ils forment un cercle protecteur autour des jeunes et des blessés, pointant leurs cornes
vers l'extérieur et les rendant invulnérables.
- L'observation de cinq Guépards capables d'élaborer une stratégie de chasse (semblable à celle des chasseurs) : Quatre d'entre eux circulent paisiblement ensemble dans la savane au milieu des proies quand le cinquième part d'un autre côté pour en en choisir une et la rabattre vers les quatre autres.
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L'altruisme réciproque ("Donnant-donnant") : C'est le principe du "je t'aide aujourd'hui, tu m'aideras demain".
- Les Chauves-souris vampires : Si l'une d'elles n'a pas pu se nourrir la nuit, une congénère peut régurgiter une partie de son repas de sang pour la sauver de la famine.
- Les Primates et Oiseaux : Le "grooming" (épouillage) ne sert pas qu'à l'hygiène ; il renforce les alliances sociales.
Un singe en défendra un autre lors d'un conflit si ce dernier l'a longuement épouillé auparavant.
- Le Héron Garde-boeufs et les Vaches/Chevaux : il se nourrit des tiques et parasites sur la peau du mammifère qui accepte volontiers le "donnant-donnant" de ce nettoyage. L'un se nourrit et l'autre est débarrassé des insectes gênants.
- L'Autruche et le Zèbre : Ces deux espèces paissent souvent ensemble pour combiner leurs capacités sensorielles formant un duo de sens. L'Autruche a une vue perçante et une tête haute qui lui permet de voir venir les prédateurs de loin. Le Zèbre a un odorat et une ouïe très développés. Si l'un des deux détecte une menace, les deux espèces s'enfuient. Ensemble, ils sont presque impossibles à surprendre.
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L'entraide désintéressée et l'empathie : Plus rare, elle semble motivée par une réaction émotionnelle face à la détresse d'autrui.
- Les Éléphants : Ils sont connus pour aider des individus d'autres espèces (comme des humains ou des antilopes) coincés dans la boue.
Ils veillent aussi leurs malades en leur apportant de la nourriture.
- Les Dauphins : On a observé des dauphins soutenir à la surface un compagnon blessé ou malade pour l'empêcher de se noyer, et ce, parfois pendant plusieurs jours.
- Les Rats : Des expériences ont montré qu'un rat choisira d'ouvrir une cage pour libérer un autre rat plutôt que d'accéder directement à de la nourriture.
L'eusocialité (Le sacrifice ultime) :
Chez les insectes sociaux (fourmis, abeilles, termites), l'individu n'existe que pour la communauté. Certaines fourmis se sacrifient en bouchant l'entrée du nid avec leur propre tête pour protéger la colonie, ou s'explosent pour libérer une substance gluante sur un intrus.
La capacité d'entraide est souvent liée à l'intelligence sociale.
Plus une espèce vit en groupe complexe, plus elle développe des mécanismes sophistiqués pour maintenir la cohésion et soutenir ses membres.
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L'observation d'apprentissages transmis par la génération précédente a été démontrée chez de nombreux animaux : méthode de chasse, fabrication et utilisation d'outil, création de son abri... tout comme nous aussi avons dû tout apprendre de nos parents, y compris à nous servir d'une fourchette ;-)
Certains animaux, comme les Bonobos, les Dauphins, et grâce à des études récentes, nous pouvons y inclure les Chiens, ont eux aussi, à l'instar de l'Homme, la capacité d'apprendre à combiner des sons et des signes qui s'apparentent à une forme de langage. Ils parviennent même à apprendre à former des associations de mots formant ainsi des phrases qui nous sont compréhensibles.
Mais aussi... nous avons fait des découvertes qui pouvaient il y a peu nous sembler impensables comme :
- Les Abeilles, qui, avec leur fameuse "danse", indiquent à leurs congénères où trouver du pollen et peuvent aussi distinguer les nombres pairs des impairs et réaliser des additions ou soustractions simples.
- Des espèces comme les Dauphins, les grands Singes ou les Éléphants se reconnaissent dans un miroir et ont donc tout comme nous la conscience du soi.
- Certains grands Singes, les Chiens, les Chevaux, sont même capables de deviner aux expressions ce que perçoit ou pense un autre individu,
y compris avec l'humain.
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L'étude des émotions chez les animaux (qu'on appelle l'éthologie cognitive) a parcouru un chemin immense. Longtemps considérés comme de simples "automates" par la philosophie cartésienne, les animaux sont aujourd'hui reconnus par la science comme des êtres sensibles capables de ressentir une palette complexe d'émotions : La peur, la joie, la colère, la tristesse, l'empathie, le deuil, le sentiment d'injustice.
Comment les mesure-t-on ? Puisque les animaux ne parlent pas, les scientifiques utilisent trois indicateurs :
- Le comportement : Postures, expressions faciales (très riches chez les chevaux et les primates), vocalisations.
- La physiologie : Rythme cardiaque, taux de cortisol (hormone du stress), température corporelle.
- La neurobiologie : L'imagerie par résonance magnétique (IRM) qui montre par exemple que les zones du cerveau activées par l'amour
ou la douleur chez le chien sont très proches de celles de l'humain.
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QUELQUES EXEMPLES ÉMOTIONNELS :
- Les Bovins et les Équins : La mère et le petit s'appellent mutuellement par des cris de détresse puissants et fréquents qui peuvent durer plusieurs jours. Les petits séparés de leur mère montrent une baisse de motivation, mangent moins et manifestent un stress physiologique mesurable (augmentation du cortisol).
- Lorsqu'un éléphanteau est retiré à sa mère ou meurt, la mère et le reste du troupeau émettent des sons graves, semblables à des
gémissements ou des barrissements de détresse.
Les Éléphants savent aussi réconforter un congénère en le touchant avec la trompe.
- Les bébés chimpanzés séparés de leur mère poussent des cris spécifiques ("hoo-calls") qui ressemblent à des sanglots. La mère quant à elle peut sombrer dans une forme de dépression, restant prostrée, refusant de se nourrir et cessant toute interaction sociale.
- Les Chiens sont capables de "pleurer" (gémissements, hurlements à la mort) lorsqu'ils sont séparés de leurs chiots ou de leurs maîtres.
Une étude récente a même montré que leurs yeux s'humidifient (production de larmes) lors de retrouvailles joyeuses, suggérant un lien
entre émotions et conduits lacrymaux.
Ils adoptent souvent spontanément une posture basse (inquiétude) quand ils savent avoir fait une sottise.
- Une Chatte à qui l'on retire ses petits trop tôt les cherchera partout dans la maison en émettant des miaulements plaintifs et insistants pendant plusieurs jours.
- Les Cétacés montrent des signes de détresse que les biologistes ont qualifié de deuil profond.
La séparation forcée en captivité a également provoqué des cris de détresse longue distance chez ces animaux.
- Les abeilles qui, après une récompense sucrée plaisante, partent explorer des fleurs inconnues plus rapidement.
- Les Corbeaux, les Chiens, les Chevaux... ont la capacité à se souvenir et à éviter un humain qui les a piégé ou maltraité,
et cela pendant des années.
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On sait aussi à présent que de nombreuses espèces manifestent des comportements prouvant qu'elles perçoivent l'irréversibilité de la perte, donc de la mort :
- Les éléphants avec des comportements et rites : On a observé des troupeaux veiller un corps pendant plusieurs jours et même tenter de le
recouvrir de branches et de terre (une forme d'enterrement partiel).
- Les Grands Singes : Les mères Chimpanzés ou Gorilles peuvent transporter leur petit mort pendant des jours, voire des semaines,
continuant à le toiletter jusqu'à sa décomposition. Dans une étude célèbre au Gabon, des Chimpanzés ont été observés en train de
veiller une vieille femelle décédée, restant silencieux et testant doucement ses réflexes.
- Les Cétacés : Les mammifères marins, dotés d'un cerveau très complexe, semblent aussi "porter le deuil". Des mères Orques et Dauphins ont été vues poussant le corps de leur nouveau-né mort à la surface pendant des jours, comme pour l'aider à respirer. Exemple marquant : En 2018, une orque nommée Tahlequah a transporté son bébé mort pendant 17 jours sur plus de 1 600 km.
- Les Corvidés (Corbeaux, Pies) : Lorsqu'un oiseau de leur espèce meurt, ses congénères se rassemblent souvent autour de lui en criant bruyamment. Les scientifiques pensent aussi qu'ils étudient le cadavre pour identifier la cause de la mort et éviter le même sort.
- Les Animaux Domestiques (Chiens, Chats) : Bien qu'ils ne conceptualisent probablement pas la "mort" en tant que concept universel, ils ressentent profondément l'absence. Ils peuvent perdre l'appétit, devenir léthargiques ou chercher activement leur compagnon disparu.
Certains même se laissent mourir de chagrin. Ils réagissent aussi aux ruptures de lien social et à la détresse de leurs maîtres.
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Sur le plan émotionnel, s'il faut éviter l'anthropomorphisme (plaquer des sentiments humains sur des animaux sans avoir de preuve)
il faut aussi éviter l'anthropodéni (refuser d'admettre qu'ils puissent ressentir des émotions simplement parce qu'ils ne sont pas humains).
Le principal écueil étant que nos expériences scientifiques sont… conçues par des humains et avec une logique humaine.
En outre, si certaines espèces ont été grandement étudiées, d'autres ne le sont pas, et nous ne sommes donc pas en mesure de
les comprendre et d'en parler.
Par conséquent, si, à ce jour, on mesure l'intelligence à l'aune du langage abstrait ou des technologies complexes,
l'humain est incontestablement en tête.
Cependant, si on la juge à la capacité de survivre et de s'adapter à son milieu naturel, la plupart des animaux nous surpassent largement.
Imaginez un humain seul perdu en pleine forêt amazonienne, il n'y ferait pas long feu. Et même, les conséquences si du jour au lendemain nous étions privés d'électricité et d'eau courante.
Certaines formes d'intelligences très "humaines", comme la pensée abstraite ou la projection dans un futur lointain, restent difficiles à évaluer chez la plupart des animaux, mais uniquement par le fait que nous ne savons pas comment la comprendre.
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Alors, les animaux sont-ils aussi intelligents que nous ?
La réponse n'est pas si simple.
Certes, ils ne le sont pas "comme nous" si on utilise uniquement nos critères – langage, technologie, etc.
Mais ils ne sont pas pour autant "moins intelligents" !
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Les recherches démontrent que les animaux possèdent des capacités cognitives exceptionnelles, et que dans certains domaines essentiels à leur survie, leur intelligence surpasse de loin la nôtre.
Finalement, la frontière entre intelligence humaine et intelligence animale s'estompe de plus en plus à mesure que la science avance.
Je précise que cette page a été construite sur les bases de nombreuses recherches scientifiques.
Ainsi, toutes les choses énoncées ne sont pas une vue de mon propre esprit mais ont été prouvées et argumentées.
(1) Les bases formelles de l'éthologie sont posées à partir des années 1940 par les travaux des Autrichiens Karl von Frisch et Konrad Lorenz et du Néerlandais Nikolaas Tinbergen, considérés comme les fondateurs de l'éthologie moderne et récipiendaires du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1973.
Aujourd'hui, l'éthologie cognitive (l'étude de l'intelligence animale) a largement infirmé toutes les théories négationnistes au sujet de l'intelligence et des émotions des animaux. On sait désormais que de nombreuses espèces font preuve de planification, de conscience d'elles-mêmes (test du miroir), de culture et d'empathie.