Cigogne blanche - Ciconia ciconia - White Stork
Le Méjean - Lattes - Hérault
Extrait de "L'amour bestial" de Caroline Lepage
"Quand ils ne naissent pas dans les choux ou les roses, les bébés sont, paraît-il, déposés par les cigognes dans les maisons.
Mais elles, qui leur apporte les Cigogneaux ? Question intéressante, d'autant que ce bel et grand oiseau blanc à l'extrémité
des ailes noire symbolise pour nous la fertilité.
En hiver, la cigogne apprécie volontiers la châleur de l'Afrique du Nord. Mais ses amours, elle préfère les vivre en Europe - et jusqu'en
Alsace - dès qu'elle atteint la maturité sexuelle - vers trois ans - une cigogne peut vivre plus de vingt ans.
Aussi elle voyage beaucoup. Lors de ses longues migrations, elle s'autorise quelques haltes en route, histoire de casser la croute
et reprendre des forces. Au menu ? Criquets et sauterelles, bourrés de protéines. Le reste du temps, elle mange aussi bien
des rongeurs que de petits reptiles.
En mars-avril, le mâle arrive quelque jours avant sa dame sur le lieu de rendez-vous, ou le couple a son nid attitré.
Il se met immédiatement au boulot. En effet, les cigognes sont fidèles, surtout à leur nid en réalité.
C'est lui qui peut souder les amants pour plusieurs années. D'ailleurs, s'il y a changement de domicile, pour cause
d'occupation illégitime par d'autres amoureux sans vergogne - mais si ! -, le couple propriétaire risque fort
de voler en éclats. Après ça, il n'y a plus qu'à se trouver un nouveau logement comme un nouveau partenaire : double injustice !
Soyons clairs : à l'origine, il ne viendrait pas à l'idée d'une cigogne d'abandonner le nid dont elle a commencé à bâtir
les fondations, sur un toit, dans un petit village paisible. La tâche n'est pas simple : le nid, perché en haut d'une cheminée
de maison, mesure plus d'un mètre cinquante de large - les voisins ayant eux, préféré installer le leur sur un pylône électrique,
c'est un coup à finir rôtis !
De fait, il y a toujours quelques travaux d'éménagement à prévoir, le retaper un peu ici et là avec quelques branches, des herbes,
de la terre. Ainsi il sera opérationnel pour l'unique couvée de l'année.
Ah ! voici enfin Madame ! Elle va pouvoir apporter son aide, sans oublier de prendre le temps de roucouler un peu.
Il va lui sortir le grand jeu et, pour une fois, faire du bruit - il caquette pour être exact - à l'aide de quelques
claquements de bec. Parfait, cela fait fuir les voleurs de nids. Il y a toujours des malotrus qui tentent leur chance,
alors il faut défendre son chez soi bec et ongles...
Franchement, ces retrouvailles entre amoureux sont torrides ! Le mâle fait le beau, jetant la tête en arrière et battant
des ailes. La femelle, toujours aussi amoureuse, tente même de l'imiter parfois avant de céder. Et le couple remet cela plusieurs fois.
Fait assez rare chez les oiseaux, le mâle dispose d'un vestige de pénis au niveau du cloaque. Mais c'est bien cloaques accolés
que nos tourtereaux font crac-crac, femelle debout et mâle sur son dos, battant des ailes pour essayer de tenir en équilibre...
Plus tard, la femelle, à raison d'un oeuf tous les deux jours, en pond jusqu'à trois ou quatre.
Ensuite, même si elle se charge de les couver la nuit, en journée le mâle l'assiste car il faut attendre un bon mois
avant l'éclosion. A la naissance, les petits sortent tout blancs.
Leur père, remarquable toujours, soutient sa compagne pour les élever. Le couple se relaie pendant deux mois et demi
pour alimenter les cigogneaux avec quelques nourritures régurgitées de leur bec, le temps pour eux d'apprendre...
à voler de leurs propres ailes.
Ainsi la nuit, les petits rentrent au bervail. C'est en juillet qu'ils quittent vraiment le domicile familial. Et ils ne
connaîtront qu'un an plus tard la grande aventure de la migration vers le Sud. Lorsque le mois d'Août arrive,
il est temps pour leurs parents de repartir vers l'Afrique : quelques milliers de kilomètres à parcourir,
les cigognes ont bien mérité ces vacances au soleil..."

