Sitelle Torchepot
Sitta europaea - Eurasian Nuthatch
Ordre : Passériformes
Famille : Sittidés
Genre : Sitta
Espèce : europaea
Descripteur Linnaeus, 1758
Taille : 14 cm
Envergure : 26 à 27 cm
Poids : 19 à 24 g
Longévité : 9 ans
Pour le chant, cliquer sur le lien oiseaux.net en bas de page.
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La Sittelle torchepot est un oiseau au comportement fascinant qui se distingue radicalement des autres passereaux par ses techniques de
survie et de construction.
Contrairement aux Pics-verts ou aux Grimpereaux qui ne peuvent que monter, la sittelle est le seul oiseau européen capable de descendre un tronc d'arbre la tête en bas.
Contrairement aux pics qui utilisent leur queue comme point d'appui, la sittelle ne s'aide que de ses pattes extrêmement puissantes et de ses longues griffes pour s'agripper à l'écorce. Cette agilité lui permet d'explorer des recoins inaccessibles aux autres oiseaux, comme le dessous des branches horizontales.
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Son nom "torchepot" vient de sa technique unique de nidification. Elle occupe souvent d'anciens nids de Pics, mais si l'entrée est trop large, elle réduit l'orifice en utilisant un mélange de boue et de salive (le torchis). Elle maçonne ainsi une muraille qui durcit en séchant, empêchant les prédateurs plus gros (comme les Étourneaux ou les Loirs) de pénétrer dans le nid. Elle peut même utiliser de la résine pour éloigner les
indésirables.
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Son intelligence s'exprime par une grande capacité d'anticipation et d'adaptation.
Elle a été observée utilisant de petits morceaux de bois pour soulever l'écorce des arbres et débusquer des insectes, une aptitude rare chez les passereaux.
Pour briser les noisettes ou les glands, elle les coince fermement dans une crevasse d'écorce qui lui sert d'étau. Elle martèle ensuite le fruit avec son bec puissant en utilisant tout le poids de son corps.
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C'est une prévoyante. La Sittelle passe une grande partie de l'automne à cacher des graines (tournesol, fênes, noisettes) sous l'écorce des arbres ou dans des trous de murs. Contrairement à certains animaux qui oublient leurs cachettes, elle a une excellente mémoire spatiale.
Elle protège souvent ses réserves en les recouvrant de petits morceaux de mousse ou de lichens pour les camoufler.
Elle fait preuve d'une forme de "théorie de l'esprit" en adaptant son comportement de stockage : les femelles cachent plus de graines si leur partenaire les regarde, pour s'assurer une sécurité alimentaire personnelle.
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Malgré sa petite taille, c'est un oiseau très territorial et dominateur. Aux mangeoires, elle n'hésite pas à chasser des oiseaux bien plus gros qu'elle pour s'approprier la nourriture.
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On l'appelle aussi parfois le "Pic-maçon" à cause de la forme de son bec et de ses talents de construction. Sa capacité à évaluer la taille d'un trou et à calculer la quantité de "torchis" nécessaire pour le réduire témoigne d'une compréhension spatiale avancée.
Elle comprend instinctivement le principe du levier et de l'étau, utilisant les fissures des arbres pour bloquer des fruits à coque dure afin de les briser avec précision.
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C'est donc une intelligence très technique et prévoyante dont fait preuve la Sitelle, faisant d'elle l'une des ouvrières les plus qualifiées de la forêt.
La sittelle est sédentaire. Si vous en voyez une dans votre jardin cet hiver, il y a de fortes chances que ce soit la même qui reviendra l'année prochaine ! Peut-être même la verrez vous tout au long de l'année.
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Comment l'attirer au jardin ?
La Sittelle est principalement insectivore en été, mais elle devient accro aux graines et aux graisses en hiver.
Les graines de tournesol sont sa passion absolue. Elle en prend souvent deux dans son bec pour aller les cacher plus loin.
Les cacahuètes : Non grillées et non salées. Elle adore les décortiquer ou les emporter.
Les noix et noisettes : Si vous en avez, concassez-les légèrement et posez-les sur une surface plane. Elle viendra les chercher avec une efficacité redoutable.
Contrairement aux mésanges qui sont très acrobates et ne sont pas dérangées par des supports qui bougent, la sittelle préfère la stabilité.
Mangeoires à plateau ou à trémie : Elle aime pouvoir se poser fermement.
Blocs de graisse sur les troncs : Si vous tartinez de la graisse végétale (spéciale oiseaux) directement dans les anfractuosités de l'écorce d'un arbre, vous la verrez à coup sûr faire ses descentes tête la première.
Et pour ceux qui ont un peu de temps pour lire et sont sensibles à la préservation de nos petits ailés...
L'Homme sans les Oiseaux : un monde dévasté !
J'avoue que je suis effarée et inquiète en lisant vos commentaires me disant très fréquemment que vous ne voyez plus tel ou tel oiseau dans votre jardin ou sur votre balcon, et ce depuis plusieurs années. Cela me donne parfois l'impression de vivre sur une autre planète tant ils sont nombreux chez moi, en nombre mais aussi en espèces différentes (nous sommes passés ces trois dernières années de 48 à 55 espèces
répertoriées juste sur la surface du "Refuge" sur une année complète). Il est vrai que je vis dans un endroit très préservé pour toute la faune sauvage : Forêts mixtes et anciennes immenses, beaucoup d'abris y compris dans les murs des maisons anciennes, peu de population humaine, très peu de culture (et sans pesticide), pas de pollution lumineuse (Le Parc National est labellisé plus grande Réserve Internationale de Ciel Étoilé d'Europe)... et que nous avons mis en place des tas de choses pour les accueillir. Forcément, tout cela les aide énormément.
On parle beaucoup des conséquences en cas de disparition des Abeilles, jamais de celles concernant les oiseaux. Malheureusement, en
Europe, on estime qu'environ 800 millions d'oiseaux ont disparu depuis 1980. La raison à cette hécatombe ne tient pas à un seul "coupable", mais à une combinaison de pressions humaines. Il existe trois causes majeures, classées par ordre d'importance selon les dernières études scientifiques :
L'agriculture intensive (Le facteur n°1)
C'est la cause principale, responsable de la disparition de plus de la moitié des oiseaux de campagne (comme l'Alouette ou le Vanneau huppé).
- Les pesticides : Ils ne tuent pas seulement les oiseaux directement ; ils éliminent surtout les insectes, leur source de nourriture vitale,
notamment pour nourrir les oisillons.
- La monoculture et la disparition des haies : En rasant les haies et en créant d'immenses champs d'une seule culture, on détruit leurs lieux de nidification et leurs refuges.
L'urbanisation et la perte d'habitat (Le facteur n°2)
Nos villes s'étendent et nos modes de construction changent.
- Le bétonnage : Moins de jardins sauvages, moins de friches.
- L'architecture moderne : Les bâtiments en verre ou très lisses n'offrent plus de cavités pour les nids (ce qui explique le déclin massif des Moineaux domestiques et des Hirondelles).
- La pollution lumineuse : Elle désoriente les oiseaux migrateurs qui voyagent de nuit.
Le changement climatique (Le facteur n°3)
Le climat change trop vite pour que les oiseaux s'adaptent.
- Le décalage de la nourriture : Les chenilles éclosent plus tôt à cause de la chaleur, mais les oiseaux arrivent de migration à la date
habituelle. Quand ils naissent, il n'y a plus assez de chenilles pour les petits.
- Les événements extrêmes : Les canicules ou tempêtes printanières détruisent des milliers de nids en quelques heures.
Mais aussi : Les chats domestiques (en France, on estime que les chats tuent environ 75 millions d'oiseaux chaque année) et les collisions avec les vitres qui sont des causes de mortalité très importantes (des centaines de milliers chaque année dans notre pays), et elles viennent s'ajouter aux causes de fond citées plus haut.
Que se passerait-il s'ils finissaient par disparaître ?
Physiquement, l'homme pourrait probablement survivre à court terme, mais notre civilisation et la biodiversité mondiale s'effondreraient.
Les oiseaux ne sont pas juste beaux à regarder, ils sont les rouages essentiels de notre écosystème. Voici ce qu'il se passerait s'ils
disparaissaient demain :
L'invasion des insectes
Les oiseaux sont les principaux régulateurs de populations d'insectes. Sans eux, les criquets, les chenilles et autres ravageurs dévoreraient nos récoltes en quelques semaines. Conséquence : Famines mondiales massives et utilisation de pesticides chimiques à outrance (ce qui
empoisonnerait l'eau et les sols).
L'arrêt de la reforestation
Beaucoup d'arbres et de plantes dépendent des oiseaux pour disperser leurs graines. Les oiseaux mangent les fruits et rejettent les graines plus loin, avec un peu d'engrais naturel. Conséquence : Les forêts ne se renouvelleraient plus, entraînant une chute de la production
d'oxygène et une accélération du réchauffement climatique.
La fin de la pollinisation
Si les abeilles sont célèbres, des centaines d'espèces d'oiseaux pollinisent des fleurs indispensables à certains fruits et médicaments (Les Colibris (Amérique) ; Les Souimangas (Afrique et Asie) ; Les Méliphages (Océanie) ; Les Sucriers et les Guit-guits (Amérique centrale et Sud)). Environ 2 000 espèces d'oiseaux à travers le monde participent à ce transport de pollen.
Conséquence s'ils disparaissaient : Disparition de nombreuses espèces végétales et perte de ressources médicales naturelles.
Le risque sanitaire (Les éboueurs du ciel)
Les charognards comme les Vautours nettoient la nature en mangeant les carcasses d'animaux morts. Sans eux, les corps pourriraient à l'air libre, propageant des maladies comme la rage ou le choléra. Conséquence : Crises sanitaires majeures pour les humains et le bétail.
L'homme ne mourrait certe pas instantanément suite à la disparition des Oiseaux, mais il vivrait dans un monde gris, silencieux, envahi de parasites et de maladies, où se nourrir deviendrait un défi quotidien presque impossible.
Mais nous pouvons agir, même à l'échelle individuelle.
Chaque petit geste compte car, mis bout à bout, il créent des zones de refuge vitales.
Nous pouvons agir concrètement :
Transformer son jardin en refuge
- Laisser un coin sauvage à couper deux fois par an et y semer des graines de fleurs mélangées (Coquelicot, Bleuet, Mauve, Centaurée, Pavot de Californie, Nigelle de Damas...). Les herbes hautes et fleuries abritent les insectes dont les oiseaux se nourrissent.
- En dehors de ce coin sauvage, tondre à la hauteur la plus haute, et laisser les fleurs basses de saison donner de la couleur à votre herbe (Violettes, Paquerettes, Trèfle blanc, ...) et du pollen aux insectes .
- Planter des haies diversifiées : Remplacer les thuyas (stériles) par des espèces locales (noisetier, sureau, aubépine) qui offrent
gîte et couvert.
- Bannir les insecticides et herbicides. Un jardin avec des pucerons est un garde-manger pour les mésanges.
- Si possible, bannir le Buddleia (ou "Arbre aux papillons"). Son nectar est très sucré, ce qui attire les papillons en masse, mais il est pauvre en nutriments essentiels. Les papillons viennent y boire, mais presque aucune chenille de nos régions ne peut manger ses feuilles qui leur sont toxiques. Sans chenilles, pas de nourriture pour les oisillons (les mésanges en sont folles). Il se propage partout (voies ferrées, friches, bords de rivières) et prend la place des plantes indigènes qui, elles, nourrissent vraiment la faune locale.
- Bien évidemment éviter le gravier et les surfaces artificielles (béton, enrobé, dalles) dans le jardin qui créent ce qu'on appelle des "déserts biologiques". Pour un passereau, une allée en gravier présente plusieurs inconvénients majeurs : Les passereaux (Mésanges, Rougegorges, Pinsons...) se nourrissent d'insectes, de larves et de vers de terre. Le gravier empêche la végétation de pousser et compacte le sol, supprimant l'habitat de ces insectes. De plus, les cailloux emmagasinent la chaleur la journée et la rejettent la nuit. En été, cela assèche l'air et le sol environnant, faisant fuir la petite faune. En outre, une grande étendue de gravier ou de surface artificielle laisse les oiseaux à découvert face aux prédateurs (notamment les chats), contrairement à une bordure végétalisée.
Offrir le "gîte et le couvert" (même sur un balcon)
- De l'eau toute l'année : Un simple coupelle d'eau propre (changée régulièrement) pour boire et se baigner est parfois plus utile que de la nourriture, surtout en été mais même en hiver.
- Nourrissage hivernal : Uniquement pendant l'hiver et tous les jours. Utiliser des graines de tournesol et autres plus petites graines (bio si possible) et bannir absolument le pain, la graisse animale et les restes de repas (mortel pour eux). Penser aussi à retirer les filets des boules de graisses achetées dans le commerce.
- Poser des nichoirs dans le jardin : Installez-les en automne pour qu'ils s'habituent avant le printemps. on pense souvent aux nichoirs pour le printemps (la reproduction), mais ils sont tout aussi vitaux en hiver pour la survie des oiseaux (refuge contre le gel et protection contre les prédateurs). Une fois les couvées envolées, nettoyez les nichoirs à l'eau et savon de Marseille ou bicarbonate de soude, puis allez les
réinstaller. (Renseignez vous après d'un professionnel pour trouver le diamètre d'entrée idéal pour le type d'oiseaux que vous avez dans votre quartier).
Réduire les dangers immédiats
- Sécuriser les vitres : Coller des stickers (silhouettes ou motifs) sur les baies vitrées pour éviter les collisions mortelles.
La solution des mobiles ou des stores en bambou à l'extérieur est aussi efficace.
- Gérer le ou les Chats : Personnellement je déconseille le collier à clochette même s'il permet d'avertir les oiseaux (cela engendre du stress auditif et des troubles du comportement pour le Chat). En revanche, on peut tenter de limiter ses sorties le matin et fin de journée,
moments où les oiseaux sont les plus actifs et vulnérables.
- Ne pas laisser pas de lumière extérieure la nuit autour de votre maison si cela est possible.
Dans un jardin, un éclairage nocturne mal géré transforme un havre de paix en un piège biologique. Voici pourquoi et comment limiter les dégâts.
La majorité des passereaux (Rougegorges, Fauvettes, Grives...) migrent de nuit pour éviter les prédateurs et la surchauffe. Ils s'orientent grâce aux étoiles et au champ magnétique terrestre. Le problème : Les lumières artificielles (projecteurs, lampadaires) les attirent comme des aimants. La conséquence : Ils s'épuisent en tournant autour des sources lumineuses ou percutent des vitres et des obstacles.
La lumière la nuit perturbe le cycle circadien (le rythme jour/nuit) des oiseaux qui résident dans votre jardin. Vous avez peut-être déjà entendu un Rougegorge chanter à 2h du matin sous un réverbère. Cela l'épuise inutilement. La lumière artificielle simule des jours plus longs, ce qui peut déclencher la ponte trop tôt au printemps, avant que les chenilles (nourriture des petits) ne soient sorties.
La lumière engendre une rupture de la chaîne alimentaire car elle attire les insectes nocturnes (papillons de nuit) qui s'épuisent sur les ampoules au lieu de se reproduire ou de nourrir les oiseaux. Enfin, elle permet aux prédateurs nocturnes (comme certains chats) de repérer plus facilement les oiseaux endormis dans les haies.
Si vous avez des nichoirs ou des haies denses où dorment les oiseaux, veillez à ce qu'aucune lumière ne soit braquée directement dessus. L'obscurité totale est une condition sine qua non pour un sommeil réparateur et un système immunitaire fort chez les passereaux.
Si vous avez besoin d'éclairage pour votre sécurité ou votre confort, comment faire ? Éclairage dirigé vers le sol, choisir des couleurs chaudes ambrées ou orangées, privilégier les détecteurs de mouvements, et enfin, choisir des lampes avec un "chapeau" (abat-jour opaque).
Consommer différemment
- Manger Bio et local quand c'est possible (je sais bien, c'est bien plus cher) : Cependant, c'est un levier très puissant. En achetant bio, nous soutenons les agriculteurs qui n'utilisent pas de pesticides et préservent les haies, sauvant ainsi indirectement des millions d'oiseaux.
ET SURTOUT, ne taillez pas vos arbustes entre mars et août.
C'est la période de nidification, et chaque coup de sécateur risque de détruire une famille entière.