La perversité animaux vs humains : les Canards (2/4)
Un exemple pour illustrer la "part sombre" de la nature est celui des Canards colverts.
Nous sommes nombreux à avoir observé des accouplements forcés d'un groupe de mâles sur une seule femelle.
Dans certains cas, cela peut mener à la mort de la femelle par noyade ou par épuisement.
Dans son article de 1983, David Frank McKinney (ornithologue et éthologue d'origine britannique - 1928/2001) et ses collaborateurs
recensent trente-neuf espèces pratiquant des copulations forcées. Le mode opératoire suit un enchaînement bien établi. Chaque tentative est généralement précédée d’une course-poursuite entre la femelle et les mâles, que ce soit en vol, à terre ou sur l’eau. Si elle n’arrive pas à échapper aux agresseurs, la femelle peut rapidement se retrouver sous un amas de mâles luttant entre eux pour pouvoir la féconder.
Le contexte local peut aussi influencer le phénomène. Les jardins et parcs urbains accueillent des populations de canards et d’oies dont les densités et le sex-ratio (le rapport entre le nombre de mâles et de femelles) peuvent amplifier la fréquence des copulations forcées. Il arrive même chez des populations semi-domestiquées que la promiscuité conduise à l’observation de viols entre différentes espèces de canards
Si l'on regarde cela avec nos yeux d'humains, c'est une scène d'une brutalité absolue qui coche toutes les cases de la perversité.
Pourtant, les éthologues y voient une réalité biologique bien différente (bien que tout aussi impitoyable).
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Ce que nous observons n'est pas de la perversité gratuite, mais le résultat d'un conflit évolutif entre les mâles et les femelles qui dure depuis des millénaires. Pour certains mâles qui n'ont pas réussi à former un couple stable (donc comme nous l'avons vu souvent à cause d'un surplus de mâles dans la population), l'accouplement forcé est une stratégie de "dernière chance" pour transmettre leurs gènes.
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Ces comportements s'intensifient souvent dans des situations spécifiques :
Comme nous l'avons vu, quand il y a trop de mâles pour trop peu de femelles (fréquemment dans les parcs et dans les zones où l'homme nourrit les oiseaux), alors l'agressivité explose.
L'excitation d'un mâle peut aussi déclencher une réaction en chaîne chez les autres mâles. C'est une forme de frénésie biologique.
Alors le signal de "danger" envoyé par la femelle est totalement ignoré par les mâles en état de transe hormonale.
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Les femelles de ces espèces ont développé des caractéristiques vaginales aptes à contrarier les mâles indésirables. L’examen des organes
reproducteurs chez ces espèces a montré que plus le sexe des mâles était long et élaboré, plus les femelles avaient des vagins longs et
complexes. Certains vagins présentaient ainsi des formes en spirale limitant l’introduction du phallus mâle.
D’autres des poches surnuméraires, véritables culs-de-sac pour piéger les spermatozoïdes.
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Ces caractéristiques morphologiques étaient présentes uniquement chez les espèces réputées pour la violence des mâles et la haute
fréquence des rapports sexuels forcés. Une "course aux armements" évolutive pour le contrôle de la reproduction. Lorsque le mâle développe un phallus plus long et plus élaboré pour forcer la copulation, les femelles reprennent le contrôle de leur fécondation en développant des freins contre les mâles violeurs !
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Pour autant, le Canard n'est pas "méchant" au sens moral du terme. Il est le jouet d'une programmation biologique qui pousse à la
transmission de ses gènes par tous les moyens, même les plus violents.
C'est là que réside le malaise pour nous : la nature n'est pas "bonne" ou "pure" par essence. Elle est amorale (sans morale).
La perversité, elle, nécessite une immoralité.
Pour être immoral, Il faut connaître les règle, comprendre la douleur de l'autre, et décider d'en faire fi pour satisfaire son propre plaisir.
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La grande différence avec la perversité humaine réside donc dans l'intention. Le mâle ne cherche pas à faire souffrir ou à noyer la femelle pour le plaisir de la voir agoniser. La noyade est un "effet collatéral" tragique de l'acharnement reproductif. L'excitation du mâle est purement hormonale et focalisée sur l'acte de reproduction.
Il n'y a pas de mise en scène sadique ou de volonté de destruction de l'individu en tant que tel.
Petite note sur la sexualité des oiseaux
97 % des oiseaux n'ont pas de pénis et donc 3 % en ont un.
Les Canards, les Oies, les Autruches ont un pseudo-pénis érectile rainuré qui est une « évagination » du cloaque .
Les canards sont remarquables à ce sujet avec leur organe reproducteur en forme de vrille.
Chez les espèces sans pénis, le sperme est stocké dans la seminal glomera qui se situe dans la protubérance cloacale avant la reproduction.
Ainsi, dans la majorité des cas, lors de l'accouplement, les spermatozoïdes arrivent dans le cloaque du mâle par les canaux déférents et sont émis dans le cloaque de la femelle. Ils remontent ensuite dans l'oviducte à la rencontre de l'ovule.
À suivre...