La perversité animaux vs humains : Anoures/serpents (3/4)
Les Anoures ???
Une nouvelle page s'est ajoutée avec une remarque de Philippe Bullot du blog "Vers le vent" concernant les Crapauds.
Pour faire plus large, je vais donc parler des Anoures (Crapauds, Grenouilles, Rainettes). Ici on change totalement de registre psychologique et physiologique. Si le comportement des Canards s'apparente à une agression violente et ciblée, celui des amphibiens relève plutôt d'une frénésie mécanique et aveugle.
On parle d'un phénomène de "mêlée reproductrice" qui peut cependant s'avérer tout aussi mortel pour les femelles, voire pour d'autres
individus.
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L'amplexus : le réflexe d'agrippement
Chez les crapauds et les grenouilles, la fécondation est externe (la femelle pond ses œufs et le mâle libère sa semence par-dessus).
Pour s'assurer d'être là au bon moment, le mâle monte sur le dos de la femelle et la verrouille sous les aisselles avec ses pattes avant.
C'est ce qu'on appelle l'amplexus.
Ce geste est un réflexe hormonal pur. Pendant la saison des amours, qui est très courte (parfois quelques jours à peine au début du
printemps), les mâles sont soumis à une telle poussée de testostérone qu'ils agrippent absolument tout ce qui bouge...
ou même ce qui ne bouge pas.
Comme il y a souvent beaucoup plus de mâles que de femelles autour d'un point d'eau, la vue d'une femelle déclenche une hystérie
collective. Un premier mâle s'accroche. Un deuxième arrive et s'agrippe au premier, puis un troisième, un quatrième... Cela forme ce que les biologistes appellent une "boule d'accouplement" ou une grappe, qui peut contenir jusqu'à une douzaine de mâles frénétiques.
Au centre de cette masse compacte, la femelle est totalement écrasée. Elle ne meurt pas de blessures infligées par sadisme, mais par
asphyxie ou noyade car les mâles la maintiennent sous l'eau sans se rendre compte qu'elle étouffe. Le réflexe d'agrippement des mâles est si puissant qu'ils ne lâcheront pas prise, même si la femelle est déjà morte.
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Une absence totale de discernement
Pour bien comprendre que l'on est ici au degré zéro de l'intentionnalité ou de la perversité, il faut voir à quel point ce réflexe est aveugle. Dans leur frénésie, les mâles crapauds s'agrippent fréquemment à :
- D'autres mâles (qui émettent alors un petit cri d'avertissement grave pour dire "lâche-moi, je suis un mec").
- Des poissons (comme des carpes), qu'ils peuvent blesser ou aveugler en leur serrant la tête.
- Des objets inertes : un morceau de bois flottant, une botte de jardinier, ou un cadavre de grenouille.
Si nous disions précédemment que les mammifères ou les oiseaux ont une part de choix et de vécu émotionnel (sentience) qui nuance leur instinct, les amphibiens, eux, se rapprochent beaucoup plus du comportement "automate", en tous cas, lors de la reproduction.
Il n'y a pas de parade nuptiale complexe, pas de choix du partenaire dans la mêlée, et aucune conscience de la souffrance de la femelle. C'est la biologie à son niveau le plus brut et le plus impersonnel. Il s'agit d'un stimulus qui déclenche un réflexe, et le mécanisme s'exécute jusqu'au bout, quitte à être destructeur.
C'est une belle illustration des différents "niveaux" de conscience dans le monde animal. Là où le Canard gère une interaction sociale et conflictuelle complexe, le Crapaud obéit à un interrupteur biologique ON/OFF.
Les Serpents ???
Chez les serpents, on retrouve un phénomène visuellement très proche de celui des Crapauds : les fameuses "boules d'accouplement".
Au printemps, à la sortie de l'hibernation, il n'est pas rare de croiser un nœud indémêlable constitué de dizaines de serpents s'agitant
frénétiquement au sol.
Pourtant, contrairement aux Crapauds ou aux Canards, les femelles serpents risquent très rarement leur vie dans ces mêlées. L'évolution a mis en place un système bien plus subtil, basé sur la chimie. Bien qu'impressionnant, il n'est ni pervers ni destructeur pour la femelle.
La force tranquille de la femelle
Chez la plupart des espèces de serpents (comme nos couleuvres ou les serpents jarretière en Amérique du Nord), la femelle est nettement plus grande et plus forte que les mâles.
Lorsqu'une femelle émet des phéromones (des signaux chimiques) pour indiquer qu'elle est prête à s'accoupler, tous les mâles des environs accourent et s'enroulent autour d'elle pour tenter d'aligner leur cloaque (l'appareil reproducteur) avec le sien. La femelle n'est pas écrasée sous le poids des mâles, elle peut continuer à ramper, à se déplacer et à respirer normalement, traînant parfois sa "grappe" de prétendants derrière elle.
Pas de pénétration forcée possible
D'un point de vue purement anatomique, le viol est impossible chez les serpents. Les mâles possèdent deux organes reproducteurs appelés hémipénis. Pour qu'un accouplement réussisse, la femelle doit être consentante au sens biologique (elle doit relever volontairement sa queue et ouvrir son cloaque). Si la femelle refuse, les mâles ont beau s'enrouler et frotter leur menton contre son dos pour la stimuler, rien ne se passera. Ils finiront par s'épuiser et abandonner.
Une fois qu'un mâle réussit à s'accoupler avec la femelle, il sécrète une substance gélatineuse qui va obstruer le cloaque de cette dernière. Ce "bouchon" remplit deux fonctions :
- Il empêche physiquement les autres mâles de s'accoupler avec elle.
- Il diffuse une odeur qui masque les phéromones de la femelle.
En l'espace de quelques minutes, pour les autres mâles de la boule, la femelle devient chimiquement "invisible" ou repoussante.
Le nœud de serpents se dissout alors instantanément, et la femelle peut repartir tranquillement de son côté.
Le cas particulier des combats de mâles : Chez certaines espèces (comme les Vipères ou les Pythons), les mâles s'affrontent dans une "danse de combat" spectaculaire. Ils dressent le tiers supérieur de leur corps et tentent de plaquer l'adversaire au sol. C'est un duel de force pure, mais il est strictement ritualisé car les serpents ne se mordent presque jamais et n'utilisent pas leur venin entre eux. Le perdant s'en va simplement, sans blessure grave.
Chez le serpent, nous sommes donc face à une compétition intense mais pacifique pour la femelle. Tout est géré par des messages chimiques et des stimulations tactiles. On est très loin de la détresse respiratoire de la femelle Anoure ou du harcèlement violent des Canards. C'est une stratégie de groupe qui impressionne l'observateur humain, mais qui respecte l'intégrité physique de la femelle.
À suivre...